L'OMCT exhorte le gouvernement congolais à mettre fin aux intimidations visant les journalistes et les défenseur.es des droits humains

Déclaration orale de l'Organisation Mondiale Contre la Torture à l'occasion de la 58ème session du Conseil des droits de l'Homme
Dialogue interactif renforcé sur la mise à jour orale du Haut-Commissaire sur la situation des droits de l’Homme en République Démocratique du Congo
Genève, 1er Avril 2025
Madame la Vice-Présidente,
L’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT) et son Réseau SOS-Torture souhaitent attirer l’attention urgente du Conseil sur la situation humanitaire et des droits humains alarmante dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC). Des centaines de milliers de civils sont toujours pris au piège des violences armées et du recrutement forcé, déplacés de force ou soumis à des exactions dans l’indifférence quasi générale.
Cette crise dramatique demeure en grande partie invisible au niveau international, car les voix censées alerter – défenseur·es des droits humains et journalistes – sont systématiquement réduites au silence. Ces dernier.es sont victimes de harcèlement, menaces, intimidation, voire d’attaques directes, aussi bien de la part du groupe armé M23 et des forces rwandaises, que des autorités et forces armées congolaises elles-mêmes.
Nous saluons à cet égard l’intervention du Haut-Commissaire qui a dénoncé les violences infligées aux défenseur.es et journalistes dans les zones sous contrôle du M23. Mais il apparait tout aussi crucial de dénoncer les entraves orchestrées par le gouvernement congolais contre ces mêmes acteurs de la société civile, selon les témoignages reçus par nos partenaires sur le terrain.
Le 30 janvier 2025, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) a imposé des restrictions particulièrement inquiétantes : interdiction de s’appuyer sur des sources non gouvernementales pour tout reportage lié au conflit, obligation de présence d’un·e expert·e militaire sur les plateaux pour tout débat, sous peine de sanctions pouvant aller jusqu’à la peine de mort.
Ces mesures ont été suivies d’actes de répression concrets : une mise à prix a été annoncée contre les journalistes Pero Luwara et Merveille Balenge ; la chaîne Al-Jazeera a été déaccréditée pour "apologie du terrorisme" ; des menaces de sanctions pèsent sur RFI, France 24 et TV5 Monde. Ces pratiques bafouent gravement la liberté de la presse et le droit à l’information, alors que les citoyens congolais ont plus que jamais besoin d’un accès libre, indépendant et pluraliste à l’actualité.
Face à cette situation :
- L’OMCT appelle le gouvernement congolais à lever sans délai les restrictions du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication, à cesser les intimidations contre les journalistes et défenseurs des droits humains, et à garantir leur sécurité en tout temps, y compris en période de conflit ;
- Enfin, l’OMCT réitère son appel à la communauté internationale à mettre en place un plan d’assistance d’urgence pour relocaliser temporairement les défenseurs et journalistes menacés, afin de leur permettre de poursuivre leur travail en toute sécurité.
Merci.